ESP : la première de la région à Tours Centre

La première ESP (équipe de soins primaires) du Centre-Val de Loire, l’ESP de Tours Centre, vient d’être validée par l’ARS. Le Dr Jimmy KERBAJ, médecin généraliste en cabinet de groupe à Tours, répond à trois questions sur cette ESP dont il est membre.

1/ Pourquoi avez-vous participé à la création de l’ESP de Tours Centre, qui couvre le centre-ville et le quartier du Sanitas ?  

L’idée de créer cette première ESP d’Indre-et-Loire et de la région est partie de deux infirmières qui souhaitaient améliorer leurs pratiques et leur coordination avec les médecins. Pour ma part, je ne savais alors pas ce qu’était une ESP. Au fur et à mesure de l’élaboration du projet, j’ai donc regardé ce qui se faisait dans d’autres régions et j’ai été très vite emballé par le concept. Notre ESP a reçu le feu vert de l’ARS en début d’automne et notre première réunion a eu lieu en visioconférence à la mi-novembre.

2/ Quelles actions souhaitez-vous mener à bien ? Sur quelles thématiques ?

Nous avons élaboré un protocole pour que des infirmières libérales puissent gérer elles-mêmes le traitement de patients par anticoagulants AVK. Nous, médecins, leur déléguons cette fonction, ce qui les décharge des appels récurrents qu’elles doivent nous passer pour savoir ce qu’il faut faire. Grâce à ce protocole, elles ne reviennent vers nous qu’en cas de difficultés.

Autre action importante, la prise en charge de l’obésité, qui est un véritable fléau dans quartiers populaires de Tours, notamment chez les jeunes. Ce programme se construit en lien avec des kinésithérapeutes et des professionnels de l’APA (activité physique adaptée) que nous souhaitons promouvoir. Nous espérons d’ailleurs obtenir un financement de la mairie pour ce projet.

Nous travaillons également sur le diabète, avec la rédaction d’un guide réalisé par la nutritionniste de l’ESP qui va être proposé au patient à son domicile par les infirmières. Elles pourront ainsi, en matière d’alimentation anti-diabète, faire de l’éducation thérapeutique (ETP) au plus près du patient.

Avec ces mêmes infirmières nous projetons également, à moyen terme, de les impliquer plus largement dans la vaccination, afin de décharger les médecins de cette tâche.

Enfin, nous voulons organiser des réunions ciblées sur des cas de patients complexes, polypathologiques, afin de savoir jusqu’où aller dans certaines prises en charge. Il s’agira de réunions similaires aux RCP, réunissant le médecin, l’infirmière et pourquoi pas le patient.

3/ Qu’attendez-vous de cette ESP en termes d’amélioration de vos conditions d’exercice et de prise en charge de vos patients ?

D’abord que ce dispositif contribue à valoriser le travail des infirmières, qui souvent ne sont pas suffisamment payées pour les actes qu’elles effectuent.

Ensuite que nous-mêmes, médecins, puissions être davantage épaulés par les infirmières en matière d’ETP, car nous sommes un peu limités en disponibilité pour cette activité et sommes souvent obligés de faire des rappels répétés de conseils auprès du patient.

Enfin que l’ESP facilite la communication entre nous tous, professionnels de santé, notamment en cas de difficultés. A ce sujet, je peux témoigner que l’ESP m’a permis d’intégrer une équipe de soins complète et de ne plus être isolé dans le travail et pour les décisions à prendre. Je souhaite donc dire à tous mes confrères d’Indre-et-Loire qu’ils ne doivent pas hésiter à se lancer dans ce dispositif. Contrairement à ce que l’on peut penser, il n’est pas chronophage et ne se traduit pas par des discussions interminables. C’est un dispositif, pratique, simple et qui bénéficie d’un bon accompagnement.