Forum « Pourquoi adhérer à une CPTS ? » : plus de 80 participants

L’URPS-ML a organisé le 14 avril à Ardon, près d’Orléans, un Forum sur la mise en place des CPTS dans le Centre-Val de Loire, région pilote en France dans cette démarche. Au programme de cette importante manifestation, qui a réuni près de 80 personnes, figuraient plusieurs exposés, pour rappeler la démarche d’accompagnement de la Fédération des URPS et de l’URPS-ML en faveur des CPTS, et le mode d’emploi de la création de ces CPTS, avec un état des lieux de leur répartition dans la région. Plusieurs promoteurs de CPTS déjà opérationnelles ou en cours de lancement sont également intervenus pour présenter des retours d’expériences et expliquer pourquoi ils se sont investis dans une CPTS.

 

Le Dr Alain Ichir, médecin généraliste et président de la CPTeSt 18, et le Dr Cécile Jame, médecin généraliste à La Guerche-sur-L’aubois, leader de la MSP de cette commune, ont expliqué les motivations qui ont abouti à la création d’une CPTS fédérant 113 professionnels de santé et couvrant 37 858 habitants sur 1 520 km². Mailler tout l’Est du Cher et améliorer l’accès aux soins sur un territoire marqué notamment par la prévalence de comportements addictifs, telle est l’ambition de cette CPTS qui entend multiplier les actions pour attirer de nouveaux professionnels de santé : accueil d’internes et autres professionnels de santé en formation, aide à l’installation, promotion du territoire ou encore développement d’une formation interprofessionnelle territoriale.

Le Dr Frédéric Lebeau, médecin généraliste à Loches et membre de la CPTS du Sud-Lochois (2085 km², 58 582 habitants, 240 professionnels de santé), première CPTS créée dans la région, a ensuite exposé comment l’existence de cette CPTS avait amélioré la relation ville-hôpital. Cette amélioration passe par divers moyens : une meilleure connaissance des ressources et de l’offre de soins sur le territoire, l’organisation de journées portes ouvertes à l’hôpital de Loches et de soirées de présentation des praticiens et de leur activité, la co-construction d’un bilan gériatrique standardisé, la présence d’un représentant de la CPTS à la CME de l’hôpital ou encore des rencontres pour faire évoluer les pratiques (lettres de liaison, actes de télémédecine, aménagement des hospitalisation programmées…).

Laïla Chatoui, coordinatrice de la CPTS du Giennois-Berry (2046 km², 78 873 habitants, 278 professionnels de santé), en cours de création, est intervenue, quant à elle, sur la question de la réponse aux soins non programmés, problématique au cœur des préoccupations de nombreuses CPTS. La future CPTS devrait tester prochainement, autour de MSP en fonctionnement et avec des médecins hors MSP, une organisation multi-sites, dans laquelle chaque médecin généraliste volontaire réserverait à tour de rôle une demi-journée afin de répondre aux demandes de soins non-programmés d’un secteur du territoire. L’ambition de la future CPTS est ainsi de passer à une approche populationnelle pour la prise en charge des soins non programmés sur l’ensemble de son territoire.

Enfin, le Dr Bertrand Joseph, médecin généraliste à Châteaudun et président de la CPTS du Sud 28 (1 153,6 km², 54 756 habitants, 216 professionnels de santé), également en cours de création, a insisté sur la coopération interprofessionnelle qui permet d’améliorer les pratiques et la prise en charge des patients sur son territoire. Il est revenu sur la manière dont les professionnels de santé de la CPTS ont associé les acteurs des autres secteurs (sanitaire, médico-social et social) aux groupes de réflexion (gestion de la prise en charge à domicile, gestion des troubles du comportement et/ou psychiatriques…).

Au cours des échanges a notamment été posée la question de l’imbrication des projets de santé des MSP et des CPTS. La CPTS peut relayer les projets de différentes MSP en y intégrant des professionnels isolés, a répondu le Dr Laurent Bréchat, co-responsable de la Commission Offre de soins à l’URPS-ML. Il a cependant été souligné que la CPTS ne se substitue pas au travail de coordination et au fonctionnement interne d’une MSP. Le problème de l’existence d’une CPTS dans une grande ville a également été évoqué : plusieurs CPTS devant prochainement voir le jour dans la plupart des grandes villes de la région, leur action devrait permettre de conforter et systématiser des logiques de parcours. Enfin, sur la question de la coexistence CPTS/CLS, Anne Bouygard, directrice générale de l’ARS, a répondu que ces deux organisations ne se superposaient pas complètement, le CLS étant axé sur des politiques de prévention et agissant sur les déterminants de santé qui ne sont pas du ressort exclusif de professionnels de santé.

La table ronde sur « La place des CPTS dans le paysage de la santé aujourd’hui et demain » a ensuite réuni Anne Bouygard, le Dr Michel Varroud-Vial, conseiller médical soins primaires et professions libérales à la DGOS, au ministère de la Santé, le Dr Jean Callier, président de la Commission médicale d’établissement de la clinique de Vendôme, administrateur de la FHP Val de Loire-Océan, et le Dr Raphaël Rogez, président de la Fédération des URPS et de l’URPS-ML.

Anne Bouygard a exprimé sa certitude que les CPTS constituent bel et bien « un outil de la transformation de la structuration du système de santé », en sachant qu’une centaine de projets de CPTS existe déjà en France. Pour la directrice générale de l’ARS, CPTS et GHT doivent travailler ensemble de façon à imaginer ce que sera le premier recours de demain.

Pour Michel Varroud-Vial, la région Centre-Val de Loire est désormais « La Mecque des CPTS ». Grâce aux CPTS, les professionnels de santé vont améliorer leurs relations avec les établissements hospitaliers et œuvrer en complémentarité. Elles vont aboutir à ce que l’exercice isolé des professionnels de santé cède progressivement la place à de nouveaux modes d’exercice coordonné. Il faut donc assurer un financement pérenne aux CPTS, à partir d’un « socle minimal attendu de ces CPTS », car l’organisation et les projets de santé de la centaine de CPTS recensées en France ne sont pas tous aussi bien définis que ceux de la région Centre-Val de Loire. La fonction la plus « attendue » d’une CPTS sera d’améliorer la pertinence des parcours et des prescriptions de soins.

Le Dr Jean Callier a, pour sa part, indiqué que l’hospitalisation privée ne pouvait être que favorable aux CPTS, qui contribuent à une meilleure organisation de la filière de soins, notamment en territoire rural. Le représentant de la FHP Val de Loire-Océan a également plaidé en faveur d’une protocolisation de la lettre de liaison ville-hôpital et d’un partenariat avec les CPTS.

Enfin, le Dr Raphaël Rogez a exprimé sa conviction que l’existence de CPTS était de nature à favoriser la présence, virtuelle ou physique, sur un territoire de médecins spécialistes de 2ème recours, condition sine qua non pour que des médecins de 1er recours puissent avoir envie de s’y installer et d’y exercer.

Lors du débat qui a suivi cet échange de points de vue tous concordants, Anne Leclercq, vice-présidente du Conseil régional en charge des questions de santé et des formations sanitaires, est intervenue pour rappeler l’intérêt de la Région pour les CPTS dont elle finance la mise en place à hauteur de 20 000 €.

Stéphanie Rist, députée LREM du Loiret, ancienne coordonnatrice de l’écriture du Projet médical du GHT 45 et chargée par la ministre de la Santé de réfléchir sur la réforme des études médicales, a constaté, grâce à l’exemple donné par les CPTS, que « lorsqu’on fait confiance aux professionnels de terrain », le parcours de soins peut être amélioré.

Enfin, sur les demandes de financement des CPTS, le Dr Alice Perrain, vice-présidente de l’URPS-ML, a, pour sa part, souhaité une simplification des formulaires à remplir et rappelé qu’aucun financement n’a été versé pour le moment, ce qui pose des problèmes de fonctionnement au quotidien pour les CPTS.